Réalisation Z-EspaceWeb.com

entete
fondmenu
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.

8 impasse des acacias - 58160 SAUVIGNY-LES-BOIS - 06 11 85 28 64 - yl@terredhumus.fr


Terre d'Humus

05juin12 : la salade qui narguait la limace PDF Imprimer Envoyer

 

Cette petite lettre traite de la limace.
Quand on parle de limace, le sang du jardinier se glace !

Je ne vous parlerai pas des pièges à bière, du ferramol, ni de la cendre de bois, pas plus du piochage ou du travail du sol. Je tairai la chasse nocturne ou diurne, que la lune luise ou se cache. Je passerai sous silence les purins divers, y compris de limaces.
Toutes ces méthodes ont leur charme et leur petit mérite.


Mais toutes ces façons de faire ont en commun un inconvénient : elle demande du temps, de la surveillance, de la vigilance, parfois de l'argent. Et elles obéissent à la logique de la LUTTE. Qui dit lutte, dit EFFORT, TRAVAIL, ARGENT.
Bien sûr, comme tout jardinier, j'ai eu à subir des pertes lourdes.
Mais, inspiré par la philosophie du non-agir, chère à l'agriculteur japonais Fukuoka, j'ai fini par sentir que toute cette lutte a quelque chose de vain, de dérisoire.
N'y aurait-il donc pas une ou des approches qui permettent de ... danser avec la nature ... et de récolter quand même ?

J'ai d'abord creusé une piste : celle des auxiliaires, vous savez, les alliés des jardiniers. Ils sont nombreux à mettre la limace à leur menu : citons parmi d'autres : le carabe (qui se fait rare), le hérisson, le crapaud, l'orvet (qui se fait bien rare), le lampyre (ver luisant), ...... C'est une piste très sérieuse. Créons les conditions pour les accueillir au jardin, et ils feront un peu de ménage.

Ce qui fait dire à certains (et j'acquiesce) : le problème , ce n'est pas qu'il y ait trop de ravageurs, mais qu'il n'y ait pas assez d'auxiliaires.


Mais depuis peu, une autre voie s'est ouverte à mes yeux, plus subtile : la résistance naturelle des plantes.

Avez-vous remarqué que parfois, les pucerons se focalisent sur un individu végétal, alors que son voisin de la même espèce est totalement préservé ? J'ai aussi récemment pu le constater sur un épi d'orge. Il était noir d'une espère de mouche, alors que ses voisins épis d'orge également en étaient dépourvus. Pourquoi ? Est-ce pour des raisons de "système immunitaire" ? Ou de conditions de "vie", l'endroit où la plante pousse serait-il délètère ?

Première observation/réflexion : pourquoi par exemple les doryphores se ruent sur les patates d'un jardinier, et pas sur celles de son voisin, alors qu'ils ont acheté leurs plants ensemble et se les ont partagés ? Sans doute est-ce une question de différence de terrain, de sol, ou alors de technique jardinière.
Ainsi, le jardinier-chercheur en technique naturelle Richard Wallner (la ferme du Petit Colibri en Charentes, allez-y en stage ou en visite !) m'a fait part d'une observation qui pèse lourd.
Il a semé deux planches de haricots, le même jour.
L'une sur une butte, fraîchement montée. La terre venait donc d'être remaniée.
L'autre sur un sol non remué.
Les limaces ont fait la différence : elles ont anéanti les haricots sur la butte. Pourquoi ? Est-ce la libération d'azote liée au travail du sol qui a fragilisé le haricot ?
Ou est-ce la destruction du milieu rendant possible la mycorhization, cette association entre champignon du sol et racine de la plante, qui confère souvent aux plantes une vigueur supérieure ?
Ou bien encore la terre remuée s'est-elle asséchées plus rapidement, mettant les haricots en condition de stress hydrique ?
En tout cas, les limaces ont senti la différence.

Nous disposons donc d'une hypothèse lourde de conséquence : un ravageur ne s'attaquerait qu'à un individu malade ou au "système immunitaire" déficient.
Tout agriculteur ou maraîcher sait que quand on force un peu sur l'engrais ou le fumier, la plante va se ramasser toutes les misères du monde.
Mine de rien, c'est une révolution dans l'approche. Cela nous amène à regarder le problème différemment. La question n'est plus : comment tuer ou repousser le ravageur. Elle est : de quoi souffre ma plante ?


Deuxième observation/réflexion (en photo). Histoire d'une planche de salades dans mon jardin en ce printemps 2012.

01mai : plantation de 20 salades (batavias à reflets rouges, semence "jardinière", merci à la famille Chassignol).
Pas d'arrosage à la plantation ni ensuite. Pas de protection anti-limaces (ni granulés, ni bière). Paillage avecr 2 cm de BRF précomposté.

23 mai : attaque sur la salade en bas à gauche

Détail sur la salade attaquée : une dizaine de limaces s'abat sur le plant "faible". Voici une grosse beige.

Détail sur la salade attaquée : voici une petite noire à ventre orange.

Deux jours plus tard, la salade a passé l'arme à gauche. Et j'ai serré les fesses. Qui sera la prochaine victime du régiment affamé de mollusques ? Donc surveillance des 19 rescapées, mais toujours sans aucune intervention.

Le lendemain, en plein jour, une limace me nargue. Je l'observe. Elle lèche la feuille de salade, mais sans avoir l'air de la trouver à son goût. Une dizaine de minutes durant, je l'observe. Rien, pas de trou. La salade se cuirasserait-elle ? Émettrait-elle des substances "amères" , qui "écoeurerait" le mollusque ?

Et tout à coup, l'idée s'impose comme une évidence. Les limaces seraient les éboueurs des jardins, faisant le tri entre les plantes saines et les malades. Malades parce que le sol ne leur convient pas ? Ou malades parce que la plantation a été mal faite ? Ou malades encore parce que dans leur patrimoine génétique, manquerait une pièce, un boulon, empêchant la synthèse des "substances répulsives" ?

La nuit suivante, nouvelle observation.

Visite nocturne des deux rangs de salades. Je ne suis pas le seul visiteur...

Un escargot sur la 1° salade. Avec ou sans coquille, une à deux bestiaux par plant. Mais le lendemain, l'équipe de salades est au complet.

À peine un ou deux petits trous.

 

Fin de l'histoire. La récolte approche. 19 survivants sur 20. Correct.

 

La conviction grandit : cette variété de salade est au moins partiellement résistante aux limaces. L'individu disparu était soit mal planté, soit "infirme". La nature a fait la sélection. Il restera donc à conserver précieusement la semence de cette variété.

Il faut savoir que la sélection semencière s'effectue avec protection. Ainsi, nous avons parfois dans nos petits sachets de graines des semences faites pour donner de belles légumes, mais que nous ne pouvons récolter qu'à renfort PERMANENT de LUTTE. Des semences infirmes.

Informations complémentaires :

1. j'ai effectué le même jour un semis de ces mêmes salades. Il y a eu un peu de "tri", à peu près 60% de survivants.
2. j'avais semé entre les rangs de salades des navets. Ils ont été ratiboisés, quelques jours après la levée. Semence bio pourtant. Variété jaune boule d'or. Je renouvellerai le semis une autre fois, en espérant des survivants, et avec en tête l'objecif de récupérer de la semence "résistante limace".


En résumé, face aux limaces, l'approche naturelle (sans intervention) est donc la suivante :


1. créer les conditions pour que la plante dispose d'une nourriture saine, afin qu'elle puisse synthétiser les substances indésirables aux limaces, ou se faire une cuirasse défensive. Hypothèse : conditions idéales = sol riche en humus et le moins travaillé possible.


* sélectionner en faisant ses semences de légumes adaptés au climat et au terrain.

Cette approche n'est possible que si le jardinier n'intervient pas. Cela permet de repérer les individus résistants.

Je poursuis cette approche sur mes deux pommiers. Depuis plusieurs années, je ne récolte pas ou peu. Le carpocapse de la pomme fait chuter 90% des fruits au minimum. Je déploie un éventail de mesures pour à la fois renforcer la plante et favoriser les auxiliaires (mésanges, entre autres). Pour l'instant, le succès n'est pas là. Mais la patience, les essais, l'observation viendront peut-être à bout de ce fléau des vergers ? Peut-être l'objet d'une prochaine lettre ?

Le jardinier naturel doit se doper à la patience, à la connaissance, à l'observation. Quoi de plus passionnant et à terme, de plus rentable : pas d'intervention ? Au bout (lointain) du chemin : un jardinage sans arrosage, sans désherbage, sans lutte. Semls et récolte, point !

 

Les techniques naturelles et futées avancent gentiment, merci à tous les pionniers, et notamment FUKUOKA (Lisez "Révolution d'un seul brin de paille, éditions Trédaniel).