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Parmi les techniques permettant de cultiver la terrre naturellement
et d'en tirer le meilleur rapport, il y a les engrais verts, ces
plantes que le jardinier cultive non pour la récolte, mais pour
améliorer la fertilité de son sol et la stabilité de son environnement
cultivé.
Et c'est maintenant qu'il faut s'en occuper !
Et pour les jardiniers pressés, un petit résumé : semez maintenant un mélange moutarde vesce seigle sur vos planches nues ! Détruisez au printemps et semez vos légume.
Parmi les techniques permettant de cultiver la terrre naturellement
et d'en tirer le meilleur rapport, il y a les engrais verts, ces
plantes que le jardinier cultive non pour la récolte, mais pour
améliorer la fertilité de son sol et la stabilité de son environnement
cultivé.
Et c'est maintenant qu'il faut s'en occuper !
Les bénéfices des engrais verts
Semé en fin d’été, l'engrais vert (nommé également couvert végétal) va se développer au cours de l’hiver
pour être détruit au printemps, afin de laisser place à la culture
suivante.
L’intérêt de l’engrais vert se situe à plusieurs niveaux :
1. Protection du sol
En effet, le feuillage du couvert va protéger le sol de l’impact des gouttes de pluies, évitant l’érosion
pluviale et éolienne.
2. Limitation du développement des mauvaises herbes
En se développant, il va faire concurrence aux mauvaises herbes, limitant ainsi les travaux d’élimination.
3. Aération du sol grâce aux racines
On ne s’intéresse jamais trop à ce qui se passe sous terre. Les racines
de l’engrais vert vont explorer le volume du sol, et donc le
travailler, l’aérer.
4. Rétention des éléments minéraux du sol
À l’automne, les conditions de douceur et d’humidité sont favorables à
la minéralisation de la matière organique. Dans le cas d’un sol nu, les
minéraux libérés par ce processus sont lessivés, partent dans les
profondeurs du sol et sont perdus pour les cultures suivantes : le sol
s’appauvrit.
La culture de l’engrais vert permet d’éviter ces fuites de minéraux en les recyclant dans la plante.
On entrevoit ici l’intérêt d’un mélange d’engrais verts : chaque plante
ayant des besoins spécifiques, un mélange varié d’engrais verts
augmente nos chances de retenir un maximum de minéraux.
5. Augmentation du nombre d'organismes vivants (biodiversité)
À chaque plante est associée une cohorte d’organismes, certains utiles, d’autres indésirables.(Ici
sur la photo, coccinelle sur trèfle incarnat : j'ai observé sur
plusieurs semaines la présence de cette espèce de coccinelle : 3
individus sur 1 m2 de trèfle).
Plus les plantes seront variées, plus large sera la palette des
organismes présents, et plus il est raisonnable d’espérer une
régulation des bestioles nuisibles et des maladies.
Par exemple, les racines des plantes secrètent des sucres (exsudats
racinaires), qui alimentent des bactéries vivant en symbiose avec les
racines. Ainsi, le maintien en permanence de racines dans le sol permet
d’alimenter le troupeau des organismes utiles jusqu’au printemps,
période à laquelle nous avons besoin d’eux pour stimuler les racines de
nos plantes cultivées.
6. Du casse-croûte pour les lombrics et pour le sol
La présence d’engrais verts permet enfin de fournir de la nourriture à nos
chers vers de terre, qui, ne l’oublions pas, se nourrissent de matière
fraîche, et comme nous, s’ils ne trouvent pas à manger sur place, ils
meurent ou déménagent !
Les différentes familles d’engrais verts
Quels engrais verts ? Faisons donc maintenant plus ample connaissance avec les différentes
plantes capables de jouer le rôle d’engrais vert et ce que l’on peut
attendre d’elles.
Légumineuses, graminées, crucifères sont les principales familles
botaniques employées, mais il y en a d’autres. Regardons ceci de plus
près.
1. Les légumineuses
La famille des légumineuses comprend quelques plantes potagères bien
connues, comme le petit pois, les haricots et les fèves. D’autres sont
utilisées comme plantes fourragères : luzerne ou trèfles, par exemple.
L’intérêt de cette famille botanique provient d’une caractéristique
qu’elle est seule à posséder : celle de fixer l’azote de l’air (l’azote
étant le principal constituant de l’air que nous respirons). Plus
précisément, c’est une association symbiotique entre les racines des
légumineuses et un type de bactérie vivant libre dans le sol, le
rhizobium, qui va permettre le piégeage de l’azote de l’air (N2) et sa
transformation en ammoniac (NH3), puis en ion ammonium (NH4+). Cet
azote minéral est utilisé par la plante pour la formation de ses
graines, riches en protéines.
Le mécanisme de mise en place de cette symbiose mériterait un petit
article, tant celui-ci est passionnant
Ci-dessous : photos de nodosités, ces renflements sur les racines des légumineuses, là où se trouve l'usine à azote.
A
gauche, superbe système racinaire de la minette, (luzerne lupuline) ,
une "mauvaise" herbe de mon jardin, à qui je laisse toute la place
qu'elle veut bien prendre. Aération du sol et fixation de l'azote, deux
services que me rend la minette... mauvaise herbe ??? Les mauvaises
herbes, ces engrais verts du Bon Dieu, a dit quelqu'un...
A droite , gros plan sur une nodosité de féverole, que j'ai semée. La couleur pourpre sur la nodosité à droite du pouce indique que la symbiose productrice d'azote fonctionne.
Si toute la plante est laissée au sol, une bonne partie de l’azote sera
restituée pour les cultures suivantes. Mais si la plante est récoltée,
seul ¼ à 1/3 de l’azote synthétisé sera mis à disposition du sol et des
récoltes suivantes, le reste étant exporté dans les graines
principalement.
Les légumineuses sont donc des alliés indispensables pour
l’enrichissement du sol en azote, élément souvent limitant des
rendements. Sauf en précédent pois, haricots, etc., mettez au minimum une légumineuse dans votre mélange de couvert.
Voici quelques légumineuses utilisables sous nos climats comme engrais
verts : vesce commune et vesce velue, féverole, gesse, fénugrec, les
lupins, les trèfles : trèfle blanc, trèfle incarnat, trèfle
d’Alexandrie.
Elles sont assez longues à s’implanter, elles expriment tout leur
potentiel au bout de 5 mois de culture, ils faut donc les semer le plus
tôt possible en fin d’été et arroser en période sèche.
La féverole d’hiver et la vesce peuvent cependant être semées jusqu’en novembre.
2. Les crucifères
Les crucifères sont ainsi nommées car leurs fleurs sont dotées de 4 pétales en forme de croix.
Leur atout est double : elles sont de culture et d’implantation assez
facile, couvrent rapidement le sol, et par ailleurs possèdent pour la
plupart une racine pivot qui va pénétrer profondément, aérant le sol et
remontant les éléments nutritifs.
En terres lourdes et argileuses, l’emploi de navette, de radis
fourrager ou de radis chinois va contribuer à évacuer le trop plein
d’eau à l’automne par transpiration et à perforer les couches compactes
grâce à leur puissante racine pivot.
Parmi les crucifères conseillées : moutarde blanche, navette fourragère, radis chinois, radis fourrager, colza.
Attention : ne pas abuser des crucifères, notamment en sol pauvre. En
effet, cette famille de plantes aurait une action dépressive sur la
mycorhization. Cette association bénéfique pour les plantes entre leurs
racines et les champignons du sol (myco = champignons, rhize = racine)
permet à la plante grâce à l'extraordinaire réseau filamenteux
(mycélium) d'avoir un accès plus large à des ressources
en eau et en minéraux (phosphore notamment).
Ici comme ailleurs, tout est affaire d'équilibre. La règle de
modération s'impose : les crucifères : soit pas tous les ans, soit en
mélange, ce qui est toujours mieux (biodiversité = source d'équilibre).
3. Les graminées

Les céréales (seigle, avoine- photo ci-dessous) sont des graminées, dont l’intérêt
est d’être dotées d’un système racinaire dense et puissant.
La
structuration du sol est très intéressante. Leur croissance est assez
rapide.
Comme les crucifères, en 2 à 3 mois, la masse végétale produite
et le racinaire développé donnent déjà des effets positifs.
Le seigle peut être semé jusque mi novembre , pour les planches qui se libèrent tardivement.
4. Autres plantes
Le sarrasin n’appartient pas à la famille des graminées, mais s’utilise dans la même logique.
Ajoutons également la phacélie, le lin, le tournesol.
5. Les mélanges
Nous l’avons évoqué plus haut, les mélanges sont tout à fait
recommandés, car on bénéficie de racines qui vont explorer des horizons
différents, et de systèmes aériens qui pareillement vont se compléter :
ainsi, nous augmentons nos chances de couper l’herbe sous le pied des
adventices (nom donné aux herbes indésirables).
Et nous proposons également de cette manière gîte et couvert à un
maximum d'auxilaires des cultures (coccinelles, bourdons, syrphes, ...)
La transition engrais vert – culture
Vous avez fait votre choix, vous avez semé en été ou en automne. Arrive la fin de l’hiver, que faire avec cet engrais vert ?
Il faut le détruire avant maturation des graines, sinon les graines risquent de se ressemer.
Certaines plantes comme le sarrasin et le fénugrec sont gélifs. Une
gelée, et la plante est détruite. D’autres sont plus ou moins sensibles
au gel : c’est le cas de la phacélie et de la moutarde (-8°C). La
navette gèle à -15°C , avoine et seigle résiste encore en dessous.
Pour la destruction, trois choix sont possibles :
• Choix N°1 : s’il n’est pas déjà gelé, l’engrais vert est coupé
(tondeuse, faucille, sécateur) 6 à 8 semaines avant la mise en culture,
donc en général en février. Une fois sec, il peut être incorporé au sol
par un léger griffage superficiel 3 semaines avant les semis et
plantations.
• Choix N°2 : faites comme précédemment, mais sans incorporation des
pailles : tout est laissé en surface. Les semis se feront en écartant
sur la ligne la couche de résidus, en creusant le sillon, en le
recouvrant de terre, puis de résidus.
• Choix N°3, le choix le plus délicat à maîtriser, mais le plus
prometteur. On écrase le couvert végétal plus tardivement, en avril,
après avoir juste auparavant semé juste avant une pluie et à travers
l’épaisse masse végétale. Ou encore, on écrase le couvert d'abord, et
pour semer, on forme le sillon après avoir écarté la couche de résidus
frais. Cette technique est encore expérimentale en jardinage. Elle est
appelée « semis direct sous couvert végétal » et ce n’est pas de
l’agriculture-fiction ! Elle est utilisée notamment au Brésil, aux USA,
et maintenant en France de plus en plus. La destruction des couverts
est assurée en grande culture bio avec des rouleaux et avec désherbant
en culture conventionnelle. Cette technique de semis direct sous
couvert demande un certain savoir-faire et un certain apprentissage.
Ses avantages : on récupère un maximum de biomasse, on limite au
maximum les mauvaises herbes et le sol n’est dérangé que sur la ligne
de semis.
Le choix N°3 est celui qui est le plus aléatoire, car l'expérience est en train de se construire, mais
incontestablement le plus prometteur, le plus élégant et le plus
amusant.
Mon expérience en matière d’engrais verts étant encore limitée, je ne
peux vous en dire plus, mais la maîtrise de cette technique me paraît
fondamentale, alors si vous n’avez pas déjà essayé, lancez-vous par
exemple en démarrant sur une petite surface avec un mélange
moutarde/seigle/vesce.
J'ai personnellement semé par curiosité le mélange suivant, riche en
légumineuses : féverole fénugrec sarrasin phacélie moutarde tournesol
des jardins, radis d'hiver (Violet de Gournay) gesse vesce avoine
seigle lupin lin.
Et voici pour le semis direct sous couvert végétal quelques liens à voir :
http://www.slideo.com/article.php?id=1301
http://www.agriculture-de-conservation.com/Steve-Groff-une-strategie-de.html
http://newfarm.rodaleinstitute.org/depts/notill/roller_gallery/index.shtml
http://aupetitcolibri.free.fr/NOTRE_PROJET/PHOTO_VIDEOTHEQUE/img_theque/PrototypeRouleauEcraseurHerbes.jpg
Des revers à la médaille ?
Ce serait mentir par omission que de ne pas mentionner que la culture
d’engrais vert ne va pas sans quelques inconvénients ou tout le moins
quelques précautions à prendre.
Le premier d’entre eux, et non le moindre : les limaces. Le couvert
végétal va protéger le sol du froid, préservant les limaces du gel, d'autant plus que le sol ne sera pas travaillé. Et
les résidus végétaux laissés au sol ou enfouis au printemps leur
fourniront une nourriture abondante. Attention donc ! Mais certaines sources signalent qu'il n'y a pas plus de dégâts limaces qu'avec les techniques traditionnelles. En effet, l'épais couvert végétal fournirait largement de quoi occuper les limaces pendant quelques semaines.
Deuxième inconvénient possible : les repousses. Une fois fauchées,
certaines plantes auront tendance à repousser, et ce n’est pas ce qu’on
leur demande ! Le risque est faible avec la moutarde, nul avec sarrasin
et fénugrec. Vesce et luzerne auront plus tendance à repousser.
Troisième point à surveiller : si le mélange est trop riche en paille, donc si le couvert est détruit tard et s'il est riche en graminée, il y a risque de faim d'azote.
Dernier inconvénient, notamment pénalisant en sols lourds et argileux :
la masse végétale peut retarder le réchauffement du sol au printemps si
elle est maintenue en place et si le couvert et détruit trop tôt.
Dans le cas des sols lourds, en plus de la précaution de procéder par essai, plusieurs possibilités complémentaires :
1. faucher et enlever les résidus, les mettre dans une zone où elles ne
gêneront pas (paillage des petits fruits par exemple), mais on perd une
partie du bénéfice des engrais verts (apport de casse croûte pour les
vers de terre)
2. un léger
travail du sol (binage, griffage) en surface et sur la ligne de semis
(largeur d'une main) permettra de réchauffer et d'aérer le sol.
3. laisser les couverts "travailler" le plus possible, pour évacuer le
trop plein d'eau du sol lourd. Les détruire donc le plus tard possible
, juste avant que les engrais verts fassent graine. Des essais sont à
faire pour caler les dates de semis d'engrais verts avec les dates de
semis des cultures.
Engrais verts et BRF
BRF, engrais verts et non-travail du sol, c’est sans doute le trio gagnant pour la fertilité des sols.
Je reviendrai dans un futur article sur le non-travail du sol.
Voyons ici comment associer BRF (Bois Raméal Fragmenté, ces copeaux de
petites branches de feuillus) et engrais verts. À chaque jour suffit sa
peine.
L’intérêt du BRF, vous le connaissez si vous l’avez déjà pratiqué : le
BRF est imbattable pour la limitation des adventices (mauvaises
herbes), la régulation de l’eau et surtout pour la fabrication d’humus.
Les engrais verts, de leur côté, détruits avant floraison, apportent de la matière
organique fraîche rapidement minéralisée, et ne permettent donc pas une
remontée rapide du taux d’humus (0,1% par an seulement, source Steve Groff). Mais
ils permettent ce que le BRF est incapable de faire : aérer le sol
grâce aux racines, le fissurer et donner à manger à une faune et une
flore du sol différentes de celle qui va se nourrir du BRF.
Biodiversité et complémentarité.
Voici donc une proposition de scénario associant engrais verts et BRF.
Fin d’été, semer un mélange d’engrais vert : moutarde, une légumineuse
(fèverole ou fénugrec) et une graminée (seigle ou avoine). En
automne-hiver (octobre à décembre, janvier au plus tard), recouvrir de
2 cm de BRF.
En sol argileux, éviter le BRF à ce stade ou alors essayer en faible couche : 0,5 à 1 cm.
En février, détruire l’engrais vert par fauchage et incorporer
superficiellement le couvert végétal et le BRF. C’est la solution qui
garantit le meilleur succès pour vos semis.
Vous pouvez aussi essayer le non travail du sol : faucher ou écraser
l’engrais vert comme expliqué plus haut. Semer à travers la couche
végétale et de BRF. Gare aux limaces ! Le sol sera aussi plus long à se
réchauffer et les semis seront plus longs à démarrer. Cependant, sur le
long terme, d’après les agronomes, c’est l’itinéraire le plus
prometteur. Il faut de 3 à 5 ans pour que cette façon de faire prenne
le dessus en terme de rendements sur l’itinéraire « travail du sol ».
À vos graines et bons essais !
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