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Notre 1ère lettre Culture Nature portait sur la tomate et le mildiou.
Notre 2ème est dédiée aux vers de terre, ces laboureurs de l’ombre et alliés précieux du jardinier et de l’agriculteur.
Silencieux, souterrains, timides et craintifs, leur caractère n’en font
pas des stars. Et pourtant, ils mériteraient les unes des journaux.
Alors, pour leur rendre l’hommage qu’ils méritent, j’ai écrit cette
petite lettre un peu longue, mais plus courte que la liste des services
qu’ils rendent !
Les informations qui y figurent sont la synthèse d’informations glanées
sur le net, dans quelques bouquins de jardinage et d’agronomie, et
d’observations réalisées dans mon petit jardin.
Commençons d’ailleurs par là ! Voici un reportage photo spécial vers de terre.
Il est 23H, après une journée de forte pluie en ce début juin. Je
m’accroupis devant ma première planche (par planche, entendez un espace
jardiné, et non une planche en bois), couverte de BRF, lampe torche
dans une main, appareil photo dans l’autre.
Ah ! En voilà un, en ballade à la recherche de je ne sais quoi ...
Puis un autre à côté, il y a du monde ! Environ une dizaine de spécimens au m2.

Plus loin, en voici un qui s’affaire sur une feuille de mauve. J'avais
arraché la veille quelques plants de mauve qui gênaient mes semis de
poireaux, que j’ai laissés au sol .
C’est très amusant d’observer la technique : le lombric colle
sa bouche qui fait ventouse sur la feuille (ce qui fait ressembler la
partie antérieure du ver à une trompe d'éléphant), et tire dessus en
rentrant la tête, la queue dans son terrier : la feuille de mauve se
met en tension, et au bout d'un moment, un confetti de feuille cède.
Victoire !
Plus loin encore, un ver qui a attrapé le bout d'une feuille d'ail qui
pendouillait et qui a rentré l'extrémité dans le terrier, la tige d'ail
prenant la forme d'une corde d'arc, tendue.
Voyez à gauche de la photo l'extrémité de la tige enfoncée dans le sol.
Et voyez la base de la tige, floue sur la photo, trahissant le
mouvement provoqué par le lombric caché, celui au milieu de la photo
étant étranger à cette histoire.

Et par là, des vers qui suçotent des bouts de copeaux et même les
longues tiges de tilleul qui délimitent mes planches.
Question :
lèchent t'ils la surface pour y trouver une gourmandise ou essaient
t'ils de ramener le copeau au nid ? Je n'ai pas la réponse.
Par ici, un autre qui a "ventousé" un copeau et essaie de le rentrer en sous-sol. Trop gros. De la fatigue pour rien.

Et ici sur la photo, celui-là, la queue dans son terrier, prêt à y
rentrer en cas de danger, explore à droite et à gauche à la recherche de
nourriture.
Je suis resté 3 minutes à l'observer. Il est resté bredouille.
Le jardinier photographe est pris de pitié : promis, demain, je lui mettrai de la feuille fraîche.
Et enfin, moment plein d'émotion, j'ai surpris 3 couples de vers en
pleine étreinte amoureuse sous les étoiles, sur un lit de BRF, prêts
également à cesser leurs ébats si nécessaire (j'en ai dérangé l’un
d’eux en voulant approcher l'objectif d'un peu près, ils ont disparu à
la vitesse de l'éclair). Voici la plus réussie des photos.
.... Et voici la fin de ce petit reportage. C’est fou ce que la nature peut nous offrir de spectacle et d’émotions !
Place maintenant à ce que nous disent les scientifiques et agronomes....
Pour commencer, un peu d’anatomie
Lombric ou ver de terre ? Il semble que les deux termes soient synonymes. J’emploierai donc indifféremment l’un ou l’autre.
Les différents segments du ver de terre portent des soies qui aident à
ancrer le segment au sol et à assurer leur déplacement. Dépourvus de
poumons, ils respirent par la peau, qui doit demeurer humide en tout
temps.
C’est ainsi la nuit pendant ou après de fortes pluies que vous aurez
toutes les chances de les voir évoluer dans votre jardin.
Le nombre de segments (de 80 à 450) est spécifique de chaque espèce.
Les vers de terre se reproduisent de mai à juin sous nos climats. Ils
s’accouplent tête-bêche au niveau d’une zone appelée le clitellum,
située environ à 1/3 de la tête, légèrement enflée et d’une couleur
orangée différente du reste du corps (visible sur les photos plus
haut). Cette zone n’est présente que chez l’adulte.
De l’accouplement résulte un cocon, déposé dans le sol et qui contient de 1 à 3 embryons.
Les 3 familles de vers de terre
On compte en France plus d’une centaine d’espèces de vers de terre, que l’on peut répartir en 3 catégories :
• les épigés,
de taille inférieure à 5 cm, vivent en surface, ne creusent pas ou très
peu le sol et sont spécialisés dans la décomposition de la litière de
surface (résidus végétaux, paille, feuilles mortes, bois mort, …) . Peu
protégés, car vivant en surface, ils compensent la forte prédation
qu’ils subissent par une fertilité allant jusqu’à 100 cocons par adulte
et par an. Les vers de compost font partie de cette catégorie.
• les endogés, de taille moyenne, jusqu’à
20 cm quand même, vivent en permanence en profondeur entre 5 et 50 cm
de profondeur et se nourrissent de matière organique déjà dégradées
(racines mortes, par exemple). Leurs galeries sont plutôt horizontales
et ramifiées. Leur fécondité est d’une quinzaine de cocons par an. En
favorisant la présence de racines dans le sol (mauvaises herbes non
gênantes, engrais verts, racines de laitue après cueillette), vous
ferez plaisir aux endogés.
• les anéciques
sont les plus grands, de 10 à 110 cm en France, et jouent le rôle le
plus important dans l'aération des sols. Leur fécondité est de 5 à 10
cocons par an. La durée de vie de cette catégorie de vers est de 5 à 10
ans. Leur maturité sexuelle est atteinte au bout de 6 à 18 mois. Ils
naviguent entre la surface et des profondeurs insoupçonnées (jusqu’à 3
mètres). Leurs galeries verticales sont permanentes. Ils viennent
toutes les nuits faire leurs provisions à la surface du sol en broutant
les résidus végétaux, tout en restant prudemment accrochés par la queue
à l’entrée de leur terrier. Cette cueillette est redescendue dans leurs
terriers souterrains. Ils rejettent leurs excréments à la surface ou
dans leurs terriers sous forme de tortillons que les scientifiques
nomment turricules. On a montré que c’est dans leur intestin que se
forme le fameux complexe argilo humique (CAH). Ce CAH, association
entre les plus fines particules minérales du sol et les matières
organiques ingérées, est très stable et sert de banque à nutriments
pour l’alimentation des plantes, dont les racines viennent y puiser les
éléments en fonction des besoins de la plante au cours de son cycle
(développement du feuillage, fructification, maturation des fruits,
ect.) .
Une question que je me pose, et à laquelle je n'ai pas trouvé de réponse : combien un anécique a t'il de galeries ?
Un ver de terre, qu’est-ce que ça mange ?
Le régime des vers de terre varie suivant les espèces. En général,
comme on l'a vu plus haut, ils se nourrissent de débris organiques plus
ou moins décomposés, mais aussi de nématodes (des vers microscopiques
dont certains sont néfastes pour les cultures), de protozoaires et de
bactéries.
Les vers laboureurs : le poids des chiffres !
Pour donner une idée de l’importance relative de chacune des
populations, on compte environ 1 kg d’épigés pour 20 kg d’endogés et 80
kg d’anéciques.
Et pour donner une importance des populations de ces vers, sachez le
poids de tous les vers de terre représente plus de 20 fois celui de
tous les Français !
Encore quelques chiffres pour donner une idée du boulot que font ces discrets laboureurs.
D’abord, il y a le nombre : 100 à 300 individus au mètre carré dans
une prairie, pour 1 à 3 dans un champ de céréales labouré profondément
et traité aux insecticides.
Quand le nombre est au rendez-vous, ils vont vous remuer jusqu’à 40 kg de sol/m2/an…
Quel jardinier est capable de remanier plus de 40 kg/m2 /an ?
Le résultat du travail de nos lombrics anéciques : jusqu’à 500 mètres
de galeries (un tour de terrain de foot) par m2 de sol : le sol est
transformé en gruyère, et nous n’en savions rien !
De l’air !
Voyez la photo avec le petit trou au milieu : c’est une galerie de ver.

Ces galeries, tapissées de déjections riches en éléments organiques et
minéraux assimilables, ont plusieurs fonctions très utiles : elles
facilitent la pénétration profonde des racines dans le sol et
contribuent à leur nutrition. Enfin, l’oxygène est acheminé par ces
tubes jusqu’aux micro-organismes utiles du sol.
Ainsi le travail des lombrics fait vivre un tas de communautés microbiennes souterraines. Un bienfaiteur !
Fait étonnant, les galeries sont suffisamment solides pour persister
dans le sol pendant plusieurs années. Ainsi, une disparition des vers
de terre n’entraîne que progressivement un compactage du sol.
Un drainage hors du commun !
Autre fonction de ces galeries de vers de terre, et non la moindre : en
cas de forte pluie, l’eau pénètre dans le sol au lieu de ruisseler en
surface comme cela s’observe dans certaines parcelles agricoles aux
pratiques lombricides.
Elles permettent ainsi la pénétration de l’eau de pluie jusqu’en
profondeur, à l’abri de l’évaporation. Ainsi, les racines de nos
plantes favorites ne seront pas dépourvues en eau lorsque la sécheresse
sera venue.
Pour donner quelques chiffres, un sol de forêt de feuillus, bien pourvu
en lombrics, est capable d’absorber 150 mm de pluie par heure, contre
seulement 1 mm pour un sol agricole de limon labouré ! Vous aurez
compris pourquoi nous connaissons des inondations de plus en plus
violentes. Ce n’est pas qu’il pleut plus, c’est que le sol est devenu
imperméable !
Autres conséquences de leur travail
Un autre avantage intéressant de la présence de vers est la
décomposition rapide de la matière organique, par exemple la digestion
rapide des feuilles éventuellement porteuses de maladies, comme la
cloque du pêcher ou la tavelure du pommier, cette maladie qui tâche les
feuilles et les fruits, au point de les rendre non commercialisables
pour les professionnels.
La réduction de la tavelure, observée sur les pommiers paillés avec BRF
(verger du Tilly, Québec) pourrait être attribuée à l’augmentation du
nombre des vers de terre et à l’enfouissement et à la dégradation
rapide des feuilles porteuses de cette maladie. Ainsi, les spores de ce
champignon pathogène disparaissent de la circulation en étant détruites
par l’activité de la faune souterraine.
Favoriser la présence des vers de terre
Aération du sol, régulation de l’eau dans le sol, fabrication du
complexe CAH, voilà le travail de cet artisan dont le jardinier et
l’agriculteur attentif saura tirer profit.
Pour préserver nos partenaires souterrains, nous nous abstiendrons :
- de tout travail du sol, car il perturbe les vers de terre et
peut détruire les cocons, progéniture de nos amis. L’éco jardinier
limite donc le travail du sol au minimum : il ne bêche plus, ne laboure
plus, ne motoculture plus. Mais il faudra de la patience (4 à 5 ans) et
des bons soins pour que les effets se fassent sentir à plein.
- de l’emploi de pesticides, et en premier les insecticides, qui anéantissent les populations de vers
- de l’emploi de certains produits « bio ». Attention à l’emploi
des nématodes comme arme anti-limaces : des observations de jardinier
semblent montrer que ces produits agissent négativement sur les vers de
terre. La bouillie bordelaise, qui contient du cuivre est également
suspectée d’avoir un effet toxique.
Pour favoriser nos lombrics, nous allons :
- leur proposer en permanence de la nourriture : apporter
régulièrement (la régularité est importante) des résidus végétaux au
sol : du BRF (les vers ingurgitent les plus petits morceaux et les
écorces) , des résidus de culture (ne sortir du jardin que ce qui va
dans la casserole, et laisser le reste en mulch) , des feuilles mortes,
de la paille non traitée, …
- couvrir le sol en permanence : cette consigne va de pair avec la
précédente : cela signifie que les apports de végétaux doivent avoir
une épaisseur suffisante, pour procurer le couvert, mais aussi le gîte,
c’est à dire la protection contre le sec, le chaud et le froid
- essayer de maintenir un maximum de plantes en activité. Par
exemple, à l’automne et en hiver, si le jardin se dégarnit, semer un
engrais vert qui aura parmi ses multiples avantages celui d’apporter
une masse végétale qui va nourrir nos alliés.
Voyez par exemple sur la photo ci-contre 2 petits vers trouvés lors du
désherbage d’une pâquerette : les vers aiment la proximité des racines.
Se nourrissent-ils des exsudats racinaires ? Des racines mortes ? Ou
des micro-organismes vivant dans la rhizosphère ? Je n’ai à ce jour pas
la réponse. Si quelqu’un en sait davantage, merci de me le faire savoir
!
- les sols trop acides ne sont pas favorables à nos amis : apporter
un amendement pour augmenter le pH. Notez que le BRF a parmi ses
avantages celui de remonter le pH des terres acides.
Et voici venue la fin de cette longue lettre.
J’espère que cela vous aura donné envie, à vous aussi, de partir la nuit venue, à la découverte des vers de votre jardin....
Et maintenant, voici une petite gâterie : une vidéo sur les lombrics !
La qualité de l’image n’est pas parfaite, mais qu’importe !
http://video.google.com/videoplay?docid=-4024156885699762547
Bon jardin, bonnes cultures et bonjour à vos vers !
Prochains
articles (en préparation) : (satanées) limaces - les engrais verts -
Fraises et BRF - la faim d'azote - BRF et sols argileux - l'effet
rhizosphérique - le jardin sans bêcher et l'agriculture de conservation
- le jardinage naturel (ou sauvage)
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