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Je vous propose une petite visite guidée sous-terre.
En toute humilité, le jardinier fasciné par le monde invisible et mystérieux que je suis vous fait partager le résultat de ses observations, de ses échanges avec les professionnels de l'agriculture et de ses lectures.
Le sol. Ce monde qui vit sous nos pas. D'après Claude Bourguignon, ingénieur agronome et spécialiste de la biologie du sol, la biomasse sous-terraine est plus importante que celle présente au dessus du sol !
Dit autrement, si on met dans un plateau de la balance tous les organismes vivants au dessus du sol, et dans l'autre plateau ceux vivants sous terre, la balance penche du côté des vers de terre, taupes, mulots, cloportes, ....
Si on s'intéresse de plus près à tout ce petit monde, on peut distinguer plusieurs catégories d'êtres vivants, les végétaux et les animaux. Parmi les végétaux, on compte les racines des plantes, qui colonisent les premières dizaines de centimètres du sol. Un pied de blé, c'est jusqu'à 200 km de racines ! Ces racines secrètent des substances (exsudats racinaires) qui nourrissent de nombreux micro-organismes. On entrevoit la complexité de ce monde invisible.
Parmi les animaux, il y a ceux qui sont visibles à l'oeil nu : campagnols et mulots, mangeurs de racines, et les taupes au régime insectivore, qui régulent les populations de vers blancs ou de courtilières par exemple. En regardant de plus près, nous voyons également les cloportes, capables de grignoter les rameaux et notre BRF bien-aimé, et aussi les mille-pattes, les arachnides (araignées et acariens), et d'autres moins connus car plus petits et plus discrets : collemboles, thysanoures... Et pour finir, les ingénieurs du sol, qui en assurent l'aération, et remontent des profondeurs les minéraux des couches profondes : les vers de terre. Je vous renvoie pour en savoir plus sur les lombrics à deux pages :
* Généralités sur les vers de terre
* Reportage photo au jardin
Toutes ces petites bêtes se nourrissent de la matière organique présente en surface ou en profondeur pour assurer une porosité de 60% en profondeur. Oui, le sol, un sol fertile en tout cas, c'est avant tout de l'air ! Cette oxygénation permet aux champignons du sol et aux bactéries d'assurer un rôle essentiel dans la dégradation des matières organiques, dans leur transformation en humus, et dans la minéralisation de cet humus en éléments simples, les ions, assimilables par les racines des plantes.
L'humus ! Ce Graal des bons jardiniers. Tout jardinier expérimenté aura au moins une fois dans sa vie constaté l'effet d'apports importants de matière organique au jardin. Un sol moyen contient de 3 à 4% d'humus. Certains praticiens ont constaté qu'à partir de 6% d'humus, les récoltes sont vigoureuses et, qui plus est, saines : les attaques parasitaires reculent, insectes et maladies fongiques se tiennent à distance.
Toutes ces informations m'amènent aujourd'hui à conduire mon jardin de la façon qui suit.
- Travail du sol minimal :
J'ai ainsi il y a 2 ans maintenant abandonné le bêchage ou même la grelinette, dont l'utilisation constitue pour les habitants du sol un véritable tremblement de terre. Les galeries des vers de terre sont éboulées, les micro-terriers des différentes bestioles s'effondrent, ce qui bouleverse tous les processus de décomposition des matières organiques, et met à bas les fragiles équilibres naturels existants entre prédateurs et parasites.
- Couverture du sol la plus permanente possible :
En effet, une terre nue, c'est la disette assurée pour les vers de terre anéciques, ceux qui creusent de profondes galeries verticales permettant l'infiltration en profondeur des eaux de pluie, réserve pour les périodes de sécheresse. Et la faim également pour tous les autres habitants, bactéries, champignons, ... La couverture du sol sera obtenue par l'utilisation de la paille, des feuilles mortes, des tontes de gazon, des résidus de cuisine, du BRF.
- Toujours des racines dans le sol :
J'essaie de faire se succéder les cultures sans temps mort. Si, comme en ce moment en automne, les semis et plantations de légumes sont au point mort, je sème des engrais verts.
La combinaison de ces 3 principes permet de garantir une activité permanente des habitants du sol, ces ouvriers bénévoles suivant l'expression de Joseph POUSSET, agriculteur et auteur de passionnants ouvrages sur le sujet. Le non travail du sol évite une dégradation rapide de l'humus et d'autre part, les apports de paillage et la décomposition des racines mortes augmentent doucement le capital humique du sol.
Les jardiniers et agriculteurs guidés par ces principes sont récompensés à deux niveaux : moins de travail pénible, une fertilité accrue et un état sanitaire des cultures satisfaisant.
D'autres chemins conduisent à un jardin naturel productif : une diversité maximale des cultures, dans le temps et dans l'espace, en s'éloignant le plus possible de la monoculture, et un choix d'espèces et de variétés adaptés au "terroir". Par exemple, une de mes planches de potager comporte, à titre expérimental, un mélange de poireaux, salades, navets, trèfle incarnat, et fenouil. Si le fenouil est à la peine, les autres légumes sont d'une santé éclatante. La couverture du sol est assurée par les résidus de la culture de petits pois précedente.
Et quelle joie de découvrir au milieu de ce foisonnement un opilion (espèce d'araignée) et une larve de ver luisant toutes deux mangeuses de limaces ! Des cloportes vadrouillent. D'autres bêtes non connues de moi se baladent dans cette litière.
La vie est présente, les récoltes sont saines et belles.
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