14juillet12 : planchafaca et tomates au jardin Imprimer

Certains agriculteurs en grande culture utilise le rolofaca (terme brésilien = rouleau faucheur) pour détruire les engrais verts (appelés aussi couverts végétaux ou plus simplement couverts).

Cet article traite des essais effectués dans la mise au point d'un outil (la planchafaca) pour détruire des engrais verts et ensuite planter des tomates, sans autre travail du sol que le coup de bêche pour installer le plant de tomate.

Un exemple d'un tel outil est montré sur la photo dessous (source Steve Groff) :

Un outil similaire est utilisé en viticulture, développé par Hubert et Maurice GERBER, en Alsace. (Voir le site web) :

Travail effectué par le rolofaca en vigne (avant /après passage) : (source Frères GERBER). Sur la photo de droite dessous, on voit que le passage de rouleau entre rangs est couplé avec un travail sur le rang de vigne.

Et la déclinaison jardinière du rolofaca :

 

J'ai de mon côté essayé de développer un outil de conception encore plus simple, en m'inspirant de la photo ci-dessous : (source Rodale Institute)

 

Voilà donc le 1° prototype, constitué d'une planche en bois, de deux cornières métalliques en forme de L sous la planche, et deux sangles pour relever la planche après appui.
J'ai baptisé l'outil la planchafaca, à tout hasard.


La photo montre la partie dessous. Les deux cornières visibles (cornière à étagères) sont boulonnées à la planche. Deux sangles sont fixées de chaque côté.
Réalisation en 30 minutes.

Plusieurs essais ont été effectués, d'une part dans mon jardin à la maison, et d'autre part dans mon champ.
Ce qui est mis à l'épreuve est la capacité de la planchafaca à détruire le couvert végétal semé ou naturel, et la capacité du couvert détruit à pailler efficacement la culture, ici les tomates, c'est à dire à protéger le sol et les tomates de la concurrence.
L'objectif est de n'effectuer aucune intervention entre plantation et récolte (pas d'arrosage, pas de désherbage, ...)

 

A la maison : essai comparatif tomates après couchage par planchafaca et scalpage/paillage


07 mai 2012 : 3 planches de 4 mètres de long vont être plantées en tomates. Chaque planche est couverte d'adventices (pas de culture l'année précédente).

Sur chaque planche, 2 pieds seront plantés suivant deux modalités différentes.

1° modalité : destruction des adventices à la houe (la houe scalpe la végétation en travaillant à environ 3 à 4 cm de profondeur : travail superficiel).
2° modalité : les adventices sont couchés à la planchafaca.

Les plants ne sont pas taillés (pas de suppression des gourmands, pour des raisons économiques : le temps coûte, et un pied non taillé donne autant que 3 ou 4 pieds taillés, d'où économie de plants).
Une structure métallique (cage) entoure chaque pied de tomate afin que les branches de tomates reposent sur la structure métallique.
Distance de plantation : 1m x 1m.

Illustration sur une des planches : les 4 piquets en bois au dessus de la canopée visualisent l'emplacement des 4 pieds de tomates. Variété Marmande.

(au 1° plan en bas de la photo, les grosses feuilles d'une bardane venue s'échouer au jardin)




Photo dessus : le sol a été scalpé, les pieds de tomates plantés et les structures métalliques mises en place. Les adventices scalpées seront remises en couverture là où elles se trouvaient.

Photo dessus : partie où les adventices (luzerne, graminées, bouton d'or, chélidoine, liseron, ...) ont été couchées par la planchafaca. Les pieds de tomates seront plantés à travers les végétaux couchés.

Photo dessus : détail de la végétation couchée (bouton d'or).  Les adventices ont été à peine chatouillés, ça s'annonce pas terrible.

5 jours après, photo d'ensemble de la planche (prise en sens inverse, la bardane est en haut à gauche de la photo).
Les plants dans la partie scalpées sont visibles, les adventices scalpées sèchent et font paillage.
Dans la partie couchée, les adventices poursuivent leur développement, principalement le bouton d'or, avec son système racinaire puissant et son système aérien peu développé et donc peu sensible au couchage.

 


photo dessus : détail à J+5 après couchage. Le bouton d'or est reparti sans problème. Le plant de tomate cependant a bonne allure.

2 mois après : 14 juillet 2012 ... Vue d'ensemble de la planche... envahie par les spontanées, dans les deux zones.

L

Les deux plants dans la zone planchafaquée n'ont pas grandi ou à peine. La luzerne et le bouton d'or sont très présents et sans doute responsables de la stagnation des plants.

Les photos dessous.


Photo zone planchafacquée - plant N°1  : dominance de la luzerne - pas de croissance du plant de tomate.


Photo zone planchafacquée - plant N°2 :  dominance du bouton d'or : un couvre sol trop efficace et compétitif - pas de croissance du plant de tomate. Une tomate arrive à maturité.

Dans la zone scalpée et paillée avec les résidus de scalpage, aucun désherbage n'a été effectué. Un resemis naturel de souci de l'année passée s'est admirablement développé dans cette zone et a traversé le paillage, étouffant également les plants de tomate.


 

Maintenant, allons voir vers la planche N°3, la planche N°2 donnant les mêmes résultats que la planche N°1.

Planche N°3 : spontanées présentes : principalement une graminée non identifiée.
Sur cette planche N°3, les plants dans la zone scalpée ont été couverts dans les mois précédant la plantation des tomates de résidus végétaux de cuisine. La zone est donc riche.
Variété : prune noire.

Les plants dans la zone scalpée et enrichie ont un fort développement,
(rappel : aucun arrosage, même à la plantation).
Deux plants sont conduits en traditionnel (tuteur et taille des gourmands). Ces deux plants sont les plus fortement touchées par le mildiou. Est-ce l'effet de la taille ou de la nourriture trop riche ?



Les autres plants dans la zone moins nourrie ont été plantés après couchage de la graminée inconnue.
Le développement est correct, (1 mètre de haut) sans être extraordinaire.
Le mildiou est présent, mais moins développé. Voir les deux photos dessous. On note que les montants verticaux de la structure métallique sont appréciés par le liseron.

CONCLUSION DES ESSAIS A LA MAISON :

La planchafaca ne permet pas de détruire des adventices comme le bouton d'or. Les tomates plantées à travers un couvert de bouton d'or végètent.
Le scalpage d'un couvert naturel suivi du paillage des résidus scalpés n'est pas suffisant pour faire écran à la repousse de certaines plantes (liseron, bouton d'or, souci).
Certaines plantes spontanées constituent un couvert peu compétitif vis-à-vis des tomates. Point du plus haut intérêt à creuser !

 

PERSPECTIVES :

La planchafaca n'est pas efficace sur des adventices comme le bouton d'or.
La planchafaca pourra présenter une efficacité sur un sol débarrassé des vivaces comme le chiendent , le bouton d'or, ...
Reste à identifier les plantes capables d'être détruite par la planchafaca et présentant un fort pouvoir couvrant pour éviter que la lumière ne parvienne au sol.
Des plantes hautes comme les céréales, le radis fourrager, les pois, la féverole, la phacélie, sont d'ores et déjà de bons candidats. Reste à agrandir cette liste pour élargir le champ des possibles.

 

Prochains articles : essais au champ des grillons (mes premiers petits pas en maraîchage naturel)

* courgettes et courges en semis direct après engrais verts couchés à la planchafaca

* tomates en plantation directe après engrais verts couchés à la planchafaca